LES NORMES INTERNATIONALES ISO SUR LE MATERIEL DE SKI ET DE SNOWBOARD



Il existe plus d’une trentaine de normes sur ces matériels. La plupart de ces normes sont uniquement descriptives et établissent d’une part, des définitions pour des caractéristiques géométriques et techniques des matériels ainsi que les méthodes à utiliser pour définir ces critères et d’autres part des caractéristiques minimales en vue de l’interchangeabilité des matériels.
Les normes pour les fixations de sécurité pour le ski alpin échappent à cette généralité. Elles définissent en effet des exigences mécaniques très contraignantes en vue d’assurer une sécurité maximale de l’utilisateur.

LES NORMES ISO POUR LES FIXATIONS DE SKI :

Article de Mr Alexis BALLY  Professeur à l’EPFL de Lausanne
 Paru dans la revue suisse « MACOLIN » No2 /1989 :

CONSIDERATIONS GENERALES

Sur le terrain, la fixation est sollicitée par des efforts de durée relativement longue, apparaissant en neige profonde ou lors de chutes lentes. A ces efforts se superposent des efforts de faible durée, mais dont l’amplitude peut être très importante.

Ces derniers apparaissent, par exemple, lors de chocs dus à des irrégularités de terrain, lors de prises de carres sur neige dure, etc… La libération de la chaussure (déclenchement) doit intervenir dès qu’une combinaison quelconque d’efforts atteint une durée et ou/ une amplitude suffisantes pour mettre en danger le skieur.

Cet objectif n’est que partiellement rempli par les fixations actuelles. En effet, celles-ci ne déclenchent que dans un nombre limité de directions (en général seulement en torsion et en avant) et réagissent assez mal lorsque apparaissent simultanément des efforts dans plusieurs directions. Par exemple, lorsque au cours d’une chute, le skieur subit à la fois un couple de torsion de la jambe et un couple de flexion en avant, le niveau global des efforts dans la jambe peut être dangereux même si, considérées séparément, les composantes en torsion et en flexion avant sont situées au-dessous du seuil de lésion et sont insuffisantes pour provoquer le déclenchement de la fixation.
La raison de cette situation réside d’une part dans le fait que les efforts, en se superposant, provoquent en général une sollicitation accrue de la jambe et, d’autre part, dans le fait qu’ils provoquent, sur la fixation, des frottements parasites qui en augmentent le niveau de déclenchement.

LE REGLAGE OPTIMUM EST UN COMPROMIS

Lorsqu’on s’occupe du réglage, on a affaire à deux sortes de risques :

- risque d’accident par déclenchement intempestif,
- risque de lésion en cas de chute par non déclenchements.

Pour chaque direction de déclenchement où un réglage est possible, il s’agit de trouver un compromis entre ces deux risques, c'est-à-dire de faire en sorte que leur somme soit minimum (voir figure de la page précédente).

Comme dans tous les domaines touchant à la sécurité, il n’existe pas de solution à un risque résiduel nul. Dans le cas du réglage, ce risque résiduel est dû en grande partie aux imperfections des fixations actuelles, évoquées plus haut.

TABLEAUX DE REGLAGE
La mise au point de tableaux de réglage consiste d’une part à rechercher, pour chaque direction de déclenchement, le niveau d’effort pour lequel le risque total est minimum et, d’autre part, à définir les paramètres décrivant le mieux la morphologie du skieur et sa manière de skier. Le choix de ces paramètres devra, lui aussi, être un compromis entre deux exigences contradictoires :

-    tenir compte au mieux de toutes les influences dominantes,
-    permettre l’application simple de la méthode de réglage dans la pratique.

Ainsi, de nombreux paramètres peuvent être considérés pour le réglage : état de la neige, condition physique et attitude du skieur face au risque, caractéristique de la chaussure et du ski, etc. Il est cependant exclu de tenir compte de tous les facteurs séparément, sous peine de rendre les « tableaux » inutilisables.

Actuellement, deux tableaux sont reconnus au niveau international et font l’objet d’une norme ISO (International Standard Organization ou Organisation Internationale de Normalisation). Ils se limitent, pour l’instant, aux déclenchements en torsion et en avant, et ils se distinguent par l’approche ayant conduit à leur élaboration et par les paramètres utilisés pour décrire le skieur.

TABLEAU BASE SUR LE POIDS DU SKIEUR
C’est la méthode utilisée en France.

Ce tableau a été développé de manière quasi indépendante aux Etats-Unis et en Suisse et a été refondu en un « tableau » commun, adopté comme norme ISO. Le paramètre principal est le poids du skieur, corrigé au besoin en fonction de sa taille. Les paramètres secondaires sont la manière de skier et l’âge.

Ce « tableau » a été élaboré à partir de la notion de « minimum skiable » c'est-à-dire du niveau minimum permettant de skier avec un risque acceptable de déclenchement intempestif.
Ce « minimum skiable » dépend du skieur, mais également de la fixation. A l’époque des fixations « à bille », déclenchant au moindre choc, il était relativement élevé. Actuellement, les fixations permettent un certain déplacement dit réversible de la chaussure et absorbent ainsi beaucoup mieux les chocs, sans déclencher inutilement.

Aussi, le « tableau » de réglage établi, à l’origine, à la suite de campagnes d’essai sur neige effectuées à l’aide du matériel de l’époque, a-t-il été plusieurs fois révisé à la baisse en tenant compte des essais effectués depuis sur des fixations récentes.

L’approche dite du « minimum skiable » est en fait adoptée de manière plus ou moins consciente et systématique par de nombreux skieurs pour leurs besoins personnels. Elle peut être pratiquée avec les variantes suivantes :

-    Skier en « durcissant » progressivement les fixations (réglage initial bas) jusqu’à disparition des déclenchements intempestifs,
-    Skier en « détendant » progressivement les fixations (réglage initial élevé) jusqu’à apparition des déclenchements intempestifs, puis en « durcissant » légèrement,
-    A l’arrêt, déclencher par effort musculaire (réglage initial bas) puis « durcir » progressivement jusqu’à ce que le déclenchement demande un effort musculaire important, mais situé au-dessous du seuil de douleur (cf. croquis ci-dessous).

Contrôler ensuite ce réglage dans le terrain en recourant à l’une des deux variantes précédentes. Cette pratique permet de trouver plus rapidement le réglage optimum et, donc, de réduire le temps d’exposition aux risques liés au premiers tâtonnements.

Utilisées individuellement par le skieur et avec un mode opératoire correctement choisi, l’une ou l’autre de ces variantes peuvent donner de bons résultats. Malheureusement, elles sont rarement pratiquées de manière systématique et conduisent trop souvent à des valeurs de déclenchement très élevées. De plus, l’expérience acquise ainsi par le skieur ne profite qu’à lui seul.

 Par contre, pratiquées à grande échelle, de manière contrôlée et avec mesure des niveaux de déclenchement obtenus, elles permettent d’établir des « tableaux » chiffrés pouvant servir ensuite à tous. Les « tableaux » ASTM (American Society of Testing and materials) et BPA, élaborés sur la base de ces principes, proposent des niveaux de déclenchement convenant à 90 pour cent des skieurs du point de vue absence de déclenchement intempestif, tout en réduisant fortement le risque de lésion en cas de chute.

TABLEAU BASE SUR LE DIAMETRE DE LA TETE DU TIBIA

Ce « tableau », utilisé en Allemagne, a été développé par un groupe de chercheurs de la région munichoise.

Il est basé sur les idées suivantes :

-    Le tibia est l’élément le plus faible de la jambe ; sa résistance en torsion et en flexion avant constitue un critère valable pour le réglage des fixations ;
-    Le fait de limiter, par déclenchement de la fixation, les couples de torsion et de flexion avant dans la jambe suffit pour garantir que l’effort total dû à la superposition d’efforts dans plusieurs directions reste dans des limites acceptables, à conditions de tenir compte d’un coefficient de sécurité convenable ;
-    Les couples de torsion et de flexion avant auxquels est soumise la jambe pendant le ski « normal » (sans chute) sont très inférieurs aux couples de rupture du tibia.

LE PROBLEME DE LA RUPTURE DU LIGAMENT CROISE ANTERIEUR (LCA) SURTOUT CHEZ LA FEMME :

Les études statistiques sur les accidents de ski ont montré que les femmes sont 3 fois plus exposées que les hommes à des ruptures du LCA. Le tableau de réglage des fixations pour les femmes, pour les mêmes caractéristiques de skieurs, demande donc de moindres valeurs de réglage de la fixation.

VOIR SITE WEB « Association Française des Médecins de Stations de Sports d’hiver »


TABLEAUX SIMPLIFIES DE REGLAGE DES FIXATIONS DE SKIS ALPINS :